Les matériaux biosourcés gagnent du terrain dans la construction immobilière

La filière des matériaux biosourcés dans la construction a changé d’échelle ces dernières années. Le marché français des isolants biosourcés a atteint 89,6 millions d’euros en 2024, et les surfaces mises en œuvre dépassent désormais 30 millions de mètres carrés par an, selon les données de l’Association des industriels de la construction biosourcée (AICB).

Reste à comprendre où se concentre cette croissance, quels matériaux tirent réellement le marché et ce qui freine encore leur adoption sur chantier.

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Isolants biosourcés en construction neuve et rénovation : les volumes comparés

Les concurrents se focalisent souvent sur la construction neuve et la RE2020. Les données racontent autre chose : près des trois quarts des isolants biosourcés installés en 2024 l’ont été en rénovation, pas en neuf.

Critère Construction neuve Rénovation
Part des volumes d’isolants biosourcés (2024) Environ un quart Environ trois quarts
Principal moteur réglementaire RE2020 (seuils carbone) Aides à la rénovation énergétique, DPE
Matériaux dominants Bois (structure et isolation), chanvre Ouate de cellulose, fibre de bois, laine de chanvre
Contrainte principale Intégration dans des systèmes constructifs complets Adaptation au bâti existant, gestion de l’humidité

Ce déséquilibre s’explique par le volume brut du parc à rénover et par la montée en puissance des diagnostics de performance énergétique. En neuf, la RE2020 pousse les maîtres d’ouvrage vers des solutions bas carbone, mais le marché de la rénovation absorbe la majorité de la demande d’isolants biosourcés.

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Ouvrière posant des blocs de béton de chanvre sur un chantier de construction biosourcée à ossature bois

Déphasage thermique et confort d’été : l’argument technique sous-estimé

L’isolation thermique hivernale monopolise le discours commercial. Le confort d’été devient pourtant un critère déterminant, surtout dans les régions soumises à des épisodes de canicule de plus en plus fréquents.

La fibre de bois, la ouate de cellulose et le chanvre présentent un déphasage thermique nettement supérieur aux laines minérales classiques. Ce déphasage, c’est le temps que met la chaleur extérieure à traverser la paroi. Plus il est long, plus la température intérieure reste stable sans recourir à la climatisation.

La capacité hygroscopique de ces matériaux joue aussi un rôle direct sur le confort ressenti. Un isolant biosourcé absorbe et relâche l’humidité ambiante, ce qui régule naturellement l’hygrométrie intérieure. Une laine minérale ne possède pas cette propriété.

Matériaux biosourcés avec le meilleur déphasage

  • La fibre de bois en panneaux rigides, utilisée en isolation par l’extérieur ou en sarking de toiture, offre un des meilleurs déphasages du marché pour une épaisseur donnée.
  • La ouate de cellulose soufflée dans les combles combine déphasage élevé et facilité de mise en œuvre en rénovation.
  • Le béton de chanvre, utilisé en remplissage de murs à ossature bois, apporte à la fois isolation, inertie et régulation hygrométrique.
  • La paille compressée en caissons préfabriqués constitue une solution à très faible impact carbone avec un déphasage performant.

Au-delà de l’isolant : systèmes constructifs complets en matériaux biosourcés

Réduire les biosourcés à l’isolation, c’est ignorer l’évolution la plus structurante de la filière. Le marché bascule vers des systèmes constructifs complets intégrant structure et isolation biosourcée.

Les murs préfabriqués à ossature bois avec isolation intégrée en fibre de chanvre ou de bois permettent de livrer des éléments prêts à poser sur chantier. La construction hors site réduit les délais, limite les déchets et améliore la qualité de mise en œuvre par rapport à une isolation posée in situ.

Les résines biosourcées et les biocomposites élargissent aussi le champ d’application. Ces matériaux ne remplacent pas le bois ou le chanvre : ils complètent la palette en offrant des solutions pour des pièces techniques, des fixations ou des éléments de second œuvre où les biosourcés traditionnels ne conviennent pas.

Maison individuelle écologique construite en matériaux biosourcés avec murs en paille enduits, bardage bois et toiture végétalisée en sedum

Risque incendie et humidité : les contraintes de chantier qui freinent l’adoption

Les matériaux biosourcés exigent une rigueur de mise en œuvre que les filières conventionnelles ne demandent pas au même degré. Deux contraintes reviennent systématiquement dans les retours de chantier.

Contrôle de l’humidité

Un isolant en fibre de bois ou en chanvre mal protégé de l’eau pendant le stockage ou la pose perd ses propriétés. La gestion des pare-vapeur, des membranes et de l’étanchéité à l’air doit être irréprochable. Une erreur de mise en œuvre sur l’humidité compromet durablement la performance de l’ensemble de la paroi.

Comportement au feu

Les biosourcés sont combustibles par nature. Leur utilisation en façade ou en structure impose des dispositions constructives spécifiques (pare-feu, recoupements, distances de sécurité). Les fiches environnementales et les classements de réaction au feu (Euroclasses) encadrent ces usages, mais la formation des équipes sur chantier reste un point faible identifié par plusieurs acteurs de la filière.

Ces contraintes ne rendent pas les biosourcés inadaptés. Elles expliquent en revanche pourquoi la montée en compétences des poseurs conditionne la croissance du marché autant que la baisse des coûts ou la pression réglementaire.

Le déséquilibre entre rénovation et construction neuve, la progression vers des systèmes constructifs complets et les exigences de formation sur chantier dessinent un marché qui ne se résume pas à une simple substitution de matériaux. La donnée la plus révélatrice reste celle-ci : trois quarts des volumes d’isolants biosourcés passent par la rénovation, un segment où la demande est loin d’être saturée.

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